On commence à parler espagnol au passé, on se sent à l’aise avec les terminaisons en -aba ou en -ía, et puis une copie revient barrée de rouge. Le problème ne vient presque jamais des tableaux de conjugaison : on les connaît. Il vient de ce qu’on fait de l’imparfait une fois qu’on l’a conjugué. Les francophones traînent des réflexes du français qui ne collent pas au système espagnol, et certaines erreurs résistent même après plusieurs années de pratique.
Imparfait indicatif confondu avec le subjonctif imparfait en espagnol
C’est l’erreur la plus tenace, et elle ne concerne pas les débutants. À partir du niveau intermédiaire, on commence à rencontrer des structures comme como si, aunque, ou les conditionnelles avec si. Le réflexe francophone consiste à plaquer l’imparfait de l’indicatif là où l’espagnol exige un subjonctif imparfait.
Concrètement, on écrit como si era rico au lieu de como si fuera rico. Ou encore si tenía dinero, compraría un coche au lieu de si tuviera dinero, compraría un coche. En français, « comme s’il était riche » et « s’il avait de l’argent » utilisent l’imparfait de l’indicatif. L’espagnol impose le subjonctif imparfait pour exprimer l’irréel, sans exception.
Cette confusion se maintient longtemps parce que les formes françaises et espagnoles se ressemblent en surface. L’imparfait français couvre à la fois la description passée et l’hypothèse irréelle. L’espagnol sépare ces deux fonctions avec deux modes distincts. Tant qu’on n’a pas intégré cette distinction, on produit des phrases grammaticalement fausses sans même s’en rendre compte.

Erreurs d’accent écrit sur les verbes à l’imparfait espagnol
Les terminaisons de l’imparfait espagnol ne posent pas de difficulté de mémorisation. Deux jeux seulement : -aba pour les verbes en -ar, -ía pour les verbes en -er et -ir. Le piège se cache dans l’accentuation.
Le cas des verbes en -ar
Une seule forme porte un accent écrit : la première personne du pluriel, -ábamos. On écrit hablábamos, cantábamos. Toutes les autres personnes (hablaba, hablabas, hablaban) n’en portent pas. L’erreur typique consiste soit à oublier cet accent, soit à en ajouter un là où il n’y en a pas.
Le cas des verbes en -er et -ir
Toutes les formes portent un accent sur le i : comía, comías, comía, comíamos, comíais, comían. Oublier cet accent modifie la prononciation et constitue une faute d’orthographe sanctionnée en prépa comme en certification. Cet accent n’est pas décoratif : il brise la diphtongue et indique que le i se prononce séparément du a.
Passé simple ou imparfait : le choix que le français ne nous prépare pas à faire
En français courant, le passé simple a quasiment disparu à l’oral. On utilise le passé composé pour raconter, l’imparfait pour décrire. En espagnol, le passé simple (pretérito indefinido) reste le temps narratif standard, à l’oral comme à l’écrit. Cette différence crée un décalage permanent chez les francophones.
Le résultat : on surutilise l’imparfait espagnol pour des actions ponctuelles et terminées. On écrit ayer comía en un restaurante au lieu de ayer comí en un restaurante. En français, « hier j’ai mangé au restaurant » (passé composé) et « hier je mangeais au restaurant » (imparfait) s’utilisent tous les deux selon le contexte. En espagnol, une action située dans le temps et achevée appelle le passé simple, pas l’imparfait.
- Ayer llovió todo el día (action terminée, passé simple) – pas *llovía si on constate le fait globalement
- Cuando era niño, llovía mucho en mi pueblo (habitude passée, imparfait) – ici l’imparfait fonctionne
- Estaba leyendo cuando sonó el teléfono (action en cours interrompue, imparfait + passé simple) – les deux temps coexistent dans la même phrase
Le test à se poser : l’action est-elle présentée comme un cadre, une habitude ou un état ? Imparfait. Est-elle présentée comme un événement ponctuel ou délimité ? Passé simple. Cette grille ne couvre pas tous les cas, mais elle élimine la majorité des erreurs.

Trois verbes irréguliers à l’imparfait espagnol : ser, ir et ver
L’imparfait espagnol ne compte que trois verbes irréguliers. C’est un luxe par rapport au présent ou au passé simple. On n’a aucune excuse pour se tromper dessus, et pourtant les copies en sont pleines.
- Ser : era, eras, era, éramos, erais, eran. L’erreur fréquente consiste à écrire *sería (conditionnel) ou à calquer une forme régulière inexistante comme *saba
- Ir : iba, ibas, iba, íbamos, ibais, iban. La confusion porte souvent sur l’accent de íbamos, oublié ou mal placé
- Ver : veía, veías, veía, veíamos, veíais, veían. On écrit parfois *vía en supprimant le e, ce qui donne un tout autre mot (« voie » au sens de chemin)
Ces trois verbes représentent une part importante du vocabulaire courant au passé. Les maîtriser supprime une source d’erreurs disproportionnée par rapport à l’effort demandé.
Gallicismes de structure liés à l’imparfait espagnol
Au-delà de la conjugaison pure, les francophones importent des tournures françaises dans leurs phrases à l’imparfait. Le gallicisme le plus courant concerne les prépositions après certains verbes.
En français, on dit « je me souvenais de ». Le réflexe pousse à écrire *me recordaba de en espagnol. La forme correcte est recordaba (sans pronom réfléchi, sans de) ou me acordaba de (avec le pronom ET la préposition, mais sur un autre verbe). Mélanger les deux verbes produit une phrase incorrecte que les correcteurs identifient immédiatement comme un calque du français.
Autre piège : l’utilisation abusive du pronom sujet avec l’imparfait. En français, « je parlais, tu parlais, il parlait » nécessite le pronom. En espagnol, le verbe conjugué suffit : hablaba signifie déjà « je parlais » ou « il/elle parlait ». Ajouter systématiquement yo, tú, él alourdit la phrase et trahit le francophone. On ne place le pronom sujet que pour lever une ambiguïté ou marquer une insistance.
La première et la troisième personne du singulier de l’imparfait sont identiques en espagnol (yo hablaba = él hablaba). C’est le seul cas où préciser le pronom sujet se justifie systématiquement, quand le contexte ne suffit pas à identifier qui parle ou agit.

